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Le Fictionaute

Le Fictionaute

Chroniques littéraires, science-fiction et mauvais genres.

Bacigalupi Paolo - La Fille Automate

Publié par Victor Montag sur 1 Mars 2012, 16:08pm

Au Diable Vauvert 

2012 



Un monde transgénique 

 

 

bacigalupi 

 

Couvert de prix aux Etats-Unis, le thriller d’anticipation d’un jeune auteur surdoué arrive en France. Un simple cauchemar ou notre futur proche?

 

Bienvenue dans le futur dystopique de Paolo Bacigalupi : avec l’épuisement définitif du pétrole coïncident la montée des océans et de terribles épidémies transgéniques. Privé d’énergie, le monde subit la Contraction et plonge dans une ère hybride de moyen âge technologique et de cauchemar génétique futuriste. Des pays entiers s’effondrent, des hordes de réfugiés fuient vers les autres, et seules les compagnies caloriques tirent leur épingle du jeu, revendant à prix d’or leur énergie à ressort et leurs semences OGM stériles.

Dans le royaume de Krung Thep (la Thaïlande), sous l’autorité de la Reine Enfant et de son protecteur, le vigoureux Ministère de l’Environnement et ses chemises blanches résistent comme ils peuvent aux maladies et aux compagnies étrangères. Mais le Ministère du Commerce ne voit pas d’un bon œil ce protectionnisme nuisible aux affaires.

L’affrontement de ces deux puissances locales est la grande histoire à laquelle contribuent les personnages au gré de leurs petites histoires personnelles. Jaidee le capitaine des chemises blanches, Anderson Lake l’agent discret d’une compagnie calorique, Hock Seng le réfugié chinois de Malaisie. Tous veulent survivre au chaos qui s’annonce et participent sans le savoir à le précipiter. Et puis il y a Emiko, la fille automate japonaise abandonnée en Thaïlande par son maître, qui donne son titre au roman. Elle est au carrefour des interrogations de l’auteur : OGM humain mâtiné d’ADN canin, elle est aussi une réfugiée, illégale, et vit dans sa chair les tourments de l’époque. Elle est le devenir humain tragique de cette vision désespérée de notre possible, le signal qui pointe les secteurs critiques et interdépendants de notre présent : l’écologie de la planète, la politique scientifique et technique et l’écologie sociale qui détermine la place de l’humain entre les deux.

"La Fille Automate", premier roman publié de l’américain Paolo Bacigalupi, est un captivant thriller d’anticipation, parfait cocktail de plaisir de lecture et de réflexion sur l’avenir. Il a déjà séduit de nombreux lecteurs et raflé les plus prestigieux prix SF anglo-saxons de l’année 2009-2010 (prix Hugo, prix Nebula et prix Locus). Le Time Magazine l’a classé neuvième des dix meilleurs livres de fiction de l’année. Un véritable carton pour un genre assez confidentiel aux USA. Comme c’est la mode dans notre société segmentée avide d’étiquette, le succès du roman déchaîne les tentatives de classement : "biopunk" selon Wikipédia, "agropunk" d’après une suggestion de l’auteur, "génépunk" pour un chroniqueur, l’exercice tourne au ridicule. Car s’il faut souhaiter une chose à ce roman passionnant, c’est que l’on oublie jusqu’à son étiquette SF et qu’il trouve en France aussi un lectorat le plus large possible. L’avenir qu’il esquisse est à nos portes et ne sera bientôt plus de la science-fiction.

 

Article paru le 11 Mars 2012 dans le Républicain Lorrain

 

http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2012/03/11/un-monde-transgenique

 

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