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Le Fictionaute

Le Fictionaute

Chroniques littéraires, science-fiction et mauvais genres.

Guillaume Guéraud "La brigade de l’Œil"

Publié par Victor Montag sur 24 Juin 2009, 14:00pm

Folio SF
2009






Un monde aveugle
 

Montag, le pompier pyromane de Bradbury, brûlait les livres dans le célèbre roman "Fahrenheit 451" (1953) pour maintenir ses concitoyens dans l'ignorance. "La brigade de l’Œil" de Guillaume Guéraud, elle, brûle les images. Sur l’île de Rush Island, en 2037, la dictature de l’impératrice Harmony a décrété que toute forme d’iconographie était un poison capitaliste qui intoxique le peuple. C'est la loi Bradbury. Les terroristes pris en possession d’un dessin, d’une photo ou d’un film ont les yeux crevés et les produits interdits sont carbonisés : "Un bon citoyen est un citoyen aveugle".


Publié à l’origine dans une collection pour adolescents aux éditions du Rouergue, "La brigade de l’Œil" reparaît en Folio SF, sans mention de l’âge du lecteur. Ce petit texte incisif, violent et insolent est en effet à savourer à tout âge. On y voit la littérature devenue l’outil de la dictature et d’horribles policiers qui lisent au moins dix livres par mois, mais qui ne se souviennent plus du visage de leurs chers disparus ! A contre-courant de certains a priori bien pensants, l’auteur marseillais défend l’idée que le cinéma, loin d’être cantonné au divertissement, est un art majeur indispensable à la liberté de l’homme moderne. Sans "Nuit et brouillard", comment nous souvenir avec justesse de l’horreur nazie ? Sans Chaplin et ses "Temps modernes", comment prendre du recul, rire de nous-même et sortir de l’esclavage industriel ?


A l’heure de la déferlante multimédia, ce petit roman invite à un regard politiquement incorrect sur les préjugés nostalgiques de notre culture de l’écrit : après chaque fait divers sanglant, la télévision et le cinéma sont accusés de banaliser voire d'inciter à la violence. Guillaume Guéraud renverse la vapeur, et son cauchemar dystopique nous alerte sur les dangers d'une modernité sans image. Troublant, mais salutaire.



article paru dans le Républicain Lorrain le 26 juillet 2009
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