Le Fictionaute

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Chroniques littéraires, science-fiction et mauvais genres.

Léo Henry - "La Panse"

Publié par Victor Montag sur 16 Mars 2017, 16:47pm

Le Ventre de la Bête

Bastien Regnault est un artiste, un mari et un père raté. Il n'est plus intermittent, à bout d'allocations, et la musique ne l'intéresse même plus vraiment. C'est peut être le vide de son existence ou cet étrange cauchemar fait la nuit de Noël qui le décident, après des fêtes de fin d'année arrosées, à recontacter Diane. Il n'a pas vu sa soeur jumelle depuis une éternité, son dernier message date de plusieurs mois. Après un contrat dans l'armée, elle est revenue s'installer à Paris, engagée dans la brigade des sapeurs-pompiers, caserne de Nanterre. 

Un simple SMS à sa soeur engage Bastien dans une quête inattendue. Diane semble avoir disparu. Son numéro de téléphone n'est plus attribué, les pompiers l'ont rayée des effectifs, et une collègue l'a vue partir au bras d'un inconnu. En piratant son compte Gmail, Bastien trouve des références à une organisation, La Panse, et un rendez-vous au CNIT à la Défense pour un Symposion, "placé sous les manes de Ptah et d'Enki afin d'ouvrir une année de lumière dans le labeur". En se rendant à ce rendez-vous, Bastien pénètre un territoire caché, mystérieux et monstrueux. Un territoire physique, la dalle de Nanterre et ses souterrains, et un territoire mental et mystique, celui de La Panse, société secrète millénaire. 

Bastien infiltre t'il l'organisation, ou est-ce La Panse qui l'ingère ? Est-ce une banale secte new-age, résurgence d'un culte médiéval réactivé à la Belle Epoque, ou la porte d'entrée d'une initiation rituelle guidant les élus vers une révélation fantastique ? La quatrième de couverture du roman de Léo Henry, qui le présente comme un "thriller d'infiltration lovecraftien", donne un indice au lecteur. «La Panse» est un délicieux cauchemar addictif qui se lit en une nuit. On se réveille après la dernière page, tentant de rassembler d'horribles images à peine esquissées et qui s'enfuient déjà, de reconstituer un puzzle obsédant auquel il manque des pièces. 

Mais «La Panse» n'est pas qu'un roman inspiré des écrits du maître de Providence. C'est un texte au réalisme abrupt, anti exotique, qui met en scène la dure existence d'employés d'une société de nettoyage et convoque les fantômes des bidonvilles oubliés sur lesquels s'est construit le quartier de La Défense. C'est une œuvre qui distille l'essence de la révélation de Lovecraft, "contre le monde, contre la vie" comme dirait Houellebecq. Il souffle sur la dalle de La Défense le vent glacial de la désespérance. L'épouvante est celle du singe savant qui découvre qu'il habite un univers terrifiant sans transcendance. Qui comprend que le monstre de ses cauchemars, c'est le monde : cette chose ancienne indifférente qui le dévore et le digère, La Panse.

 

«La Panse», roman de Léo Henry
Folio SF mars 2017

Ceux qui sont abonnés aux Nouvelles par email de Léo Henry ont eu le plaisir de recevoir «Le Réseau», un chapitre bonus à «La Panse». Indispensable, évidemment.

A lire du même auteur : «Le Casse du Continuum»

 

PS private joke : Philippe Curval, s'il est encore vivant et qu'il s'assied sur ce roman par hasard, ne bouillonnera pas d'admiration, ce n'est pas son style. Il viendra sans doute nous expliquer qu'on a encore une fois rien compris, avant de surtout ne rien livrer de sa lecture géniale. Il n'est pas donné à tout le monde d'avoir la science (fiction) infuse...

Léo Henry - "La Panse"

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