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Le Fictionaute

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Chroniques littéraires, science-fiction et mauvais genres.

Jérôme Leroy - "Un peu tard dans la saison"

Publié par Victor Montag sur 3 Janvier 2017, 19:30pm

Jérôme Leroy (Photo Patrice Normand)

Jérôme Leroy (Photo Patrice Normand)

Discrète apocalypse

La fin du monde commence en 2015. Pas de déflagration, de guerre finale ou de catastrophe naturelle, non, la fin du monde commence dans un soupir. Un lâcher-prise, un abandon, un ralliement discret et progressif à la devise de Bartleby : «I would prefer not to». À une société déchirée par les conflits sociaux, terrorisée par les attentats, mécanisée par la technique, consommée par le marché, ils sont de plus en plus nombreux à «préférer ne pas». Sans déterminant socio-professionnel, financier, politique ou religieux, les gens disparaissent. Ils abandonnent leurs place dans le système pour s'arrêter, lire, pêcher à la ligne, dormir, ne rien faire. Les autorités appellent le phénomène l'Eclipse.

Guillaume Trimbert, écrivain quinquagénaire entretenu par une mécène, montre les premiers signes d'une tendance à l'Eclipse. L'addiction aux réseaux sociaux et aux smartphones le fatigue, son écriture s'épuise. La nostalgie lui inspire des tentations luddites, tandis qu’il revisite en pensée les moments forts de sa vie, ses amours et ses amis.

Agnès Delvaux, capitaine de la DGSI, devrait être occupée sur le terrain à chasser les islamistes ou à prévenir de futurs attentats. Son supérieur et amant, le colonel, lui accorde une liberté qu'elle met à profit pour espionner Trimbert. Certes, les autorités prennent l'Eclipse très au sérieux, mais l'écrivain est toujours là, et la surveillance a commencé longtemps avant que le phénomène ne soit détecté. Une étrange obsession s'est emparée de la jeune femme, qui la fait s'immiscer de plus en plus loin dans l'intimité de sa cible.

«Un peu tard dans la saison» est un récit à rebours, écrit par Agnès dans le futur proche de la civilisation qui s'annonce,  la Douceur. L'ancienne espionne veut raconter à sa fille Ada comment le monde a fini avant de recommencer. Le procédé permet au lecteur de réunir quelques indices sur ce futur imminent, tout en assistant à la progression vers l’Eclipse de Trimbert.

Le dernier opus de Jérôme Leroy, nourri de références autobiographiques et servi par une plume séduisante, associe une critique de la société occidentale à bout de souffle et une ouverture vers une sortie de crise originale.

Selon sa sensibilité politique, le lecteur y verra un texte optimiste ou cauchemardesque. Si la manière dont le futur s’impose ne fait pas référence à un projet politique, la civilisation de la Douceur est proche du rêve de décroissance des altermondialistes ou de ceux que la presse regroupe sommairement sous le label de «mouvance anarcho-autonome».

Un mystère réunit tous les éléments du roman et relie Guillaume Trimbert, Agnès Delvaux et sa fille Ada. Un mystère transgressif et amoral, une condamnation du contrôle social qui célèbre la disparition du monde ancien et prétend fonder le nouveau. L’auteur, homme de gauche qui écrit dans «Causeur», veut il nous dire qu’à «préférer ne pas» vivre dans le monde humain tel qu’il est, on se condamne à rejoindre celui des animaux ?

«Un peu tard dans la saison», roman de Jérôme Leroy
Editions de la Table Ronde - Janvier 2017

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Commenter cet article

Victor Montag 26/08/2017 11:48

En effet, merci. C'est corrigé.

Patrick 26/08/2017 07:54

bonjour
il semble que le livre soit paru en Janvier 2017, pas 2016 ...
Patrick

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