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Le Fictionaute

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Chroniques littéraires, science-fiction et mauvais genres.

Daryl Gregory - "Afterparty"

Publié par Victor Montag sur 12 Septembre 2016, 12:12pm

Daryl Gregory - "Afterparty"
Daryl Gregory - "Afterparty"

Dieu, la drogue et l'imprimante

Toronto, futur proche. Bienvenue dans l'ère des smart drugs : avec une imprimante chemjet et une connexion internet, téléchargez la recette de votre psychotrope préféré, modifiez-la histoire de rigoler, imprimez la drogue et collez-vous le buvard sur la langue.

C'est comme ça que l'Église du Dieu Hologrammatique fabrique et distribue le Numineux, la drogue qui vous fait ressentir l'amour divin. Francine y a goûté, elle a rencontré Dieu. Mais arrêtée pour racolage, elle est placée en centre de détention. Avec le sevrage, Dieu l'ayant abandonnée, elle se suicide.

Lyda Rose, une autre détenue, comprend que Francine a pris du NEM 110. La neuroscientifique et quelques amis ont créé la Nouvelle Entité Moléculaire il y a quelques années, ont tous fait une overdose et sont devenus fous. Désormais accompagnés en permanence de leur divinité personnelle, ils ont décidé de faire disparaître leur terrible invention. Lyda Rose décide de retrouver celui qui a mis sur le marché cette bombe chimique. Elle part pour un voyage à travers l'Amérique, sur les traces de la nouvelle secte et de ses anciens amis.

Composition chimique

« Afterparty » est un thriller addictif qui vous accroche et ne vous lâche plus ; n'espérez pas vous désintoxiquer avant d'en avoir lu le dernier mot. Lyda vous emmène dans son histoire, passée et à venir, peuplée de toxicomanes hallucinés, de prédicateurs dealers, d'avides pontes de l'industrie pharmaceutique, de gangster afghans, d'anciens agents secrets, d'assassins sous influence, d'une cohorte de dieux imaginaires et de bisons miniatures.

Le style de Daryl Gregory est un trip maîtrisé qui vous fait passer du rire aux larmes. Son récit est un cocktail savamment construit, alternant le rush violent de l'action au présent, et les piqûres de rappel du passé administrées sous la forme de Paraboles Divines. Ses personnages, presque tous victimes d'une substance ou d'une autre, politiquement outrageants, sont de magnifiques loosers d'une humanité émouvante.

Nootropical dream

Au gré des péripéties et des dialogues, le thriller se déploie en une prophétique anticipation neuro-pharmaco-technologique. Un genre de "pharmapunk", fils de biopunk, petit-fils de cyberpunk. Une hypothèse documentée sur l'avenir des smart drugs, sur le croisement possible d'actuelles recherches sur le cerveau, de l'authentique CADD (Computer-Aided Drug Design) et d'une technologie d'impression moléculaire imaginée sur le modèle de l'imprimante 3D disponible en kit. On y croit, et on flippe.

Tremendum Fascinans Mysterium

Une autre ambition de ce fascinant roman est évidente : « Afterparty » propose une approche de la question du sacré sous l'angle de l'expérience émotionnelle subjective. Non pas la religion dans sa dimension sociologique et politique, mais le lien intime et privé que l'individu noue avec le divin : le numineux.

Imaginez seulement : Dieu est là, incarné à côté de vous, il vous aime et vous guide, vous distille confiance et assurance, et fait de vous un homme bon et juste. Au cœur du sacré se niche le mystère de l'humain : Daryl Gregory pimente son œuvre de pertinentes questions philosophiques sur le désir, la morale, le choix et le libre-arbitre.

Prescription

Vous êtes déprimé, fatigué, perdu, cyclothymique, stressé, essoré ? Vous êtes en perte de repère, en pleine crise existentielle, en quête d'identité ? Vous avez peur du chômage, du burkini, du nationalisme, de la mort ? Foncez chez votre dealer le plus proche, payez-vous une « Afterparty », et abandonnez-vous à Dieu. Plus tard, si le manque survient, essayez donc l’ « Éducation de Stony Mayhall » ou le «Nous allons tous très bien, merci », la firme Gregory veut le bonheur de votre cerveau. Gloria In Excelsis Deo.

«Afterparty», roman de Daryl Gregory
Editions Bélial (traduction de Laurent Philibert-Caillat, couverture d'Aurélien Police)
à paraître le 22 septembre 20
16

Lire aussi l'avis de L'Avant-Critique

La couverture originale (Tor Books, 2014)

La couverture originale (Tor Books, 2014)

Commenter cet article

Roger 13/09/2016 07:55

Merci pour cette chronique !
Au sujet du fait que l'héroïne et ses amis sont "devenus fous" : je crois qu'il y a un petite ambiguïté cultivée à ce sujet (sans vouloir spoiler, les dieux personnels sortent parfois du cadre de l'imagination de leur affilié(e)).
Cela ajoute une dimension fantastique assez savoureuse

Victor Montag 13/09/2016 12:02

Merci Roger.
Je me suis aussi posé la question à un moment du roman, mais je n'ai pas pu trancher la question. DG préparant un autre roman dans le même univers, l'ambiguïté sera peut être levée...

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