Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 16:20

Robert Laffont Ailleurs et Demain 

2012 



Miasmes mystiques 

 

 

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Premières décennies du XXIéme siècle. Les Américains, obèses à 80%, vivent sous le joug de la dictature théocratique du Parti Biblique, l’Europe se remet d’une guerre civile contre les islamistes, le Vatican a adopté l’élection du Pape par tous les catholiques détenteurs de la carte de membre, et les juifs se déchirent de par le monde entre laïcs et religieux. Pendant ce temps, les megacorporations font main basse sur le pouvoir.

"Heptagone" est la chronique de sept personnages représentatifs de ce monde blessé par la religion : Haruki Miyagawa, ninja de l’organisation Eien, tueur implacable, Adrian Clayborne, ancien chef de la sécurité de la megacorporation Haviland Corporation, Gianna Caprara, flic italienne impliquée dans la guerre contre les barbus, Sherylin Leighton, exilée fuyant l’Union des États Bibliques Américains (UABS), Jack Barstow, profession dissipateur, John Fuller, bras droit du président de l’UABS, et Lyndon Mitchell, témoin passif des événements.

Plus qu’un roman, ce texte est un recueil de nouvelles qui se répondent et font référence au premier roman de l’auteur suisse, "Forteresse" : on peut le lire comme une introduction à ce dernier ou comme son apostille. Ce diptyque indispensable est à la fois une inquiétante hypothèse sur notre futur proche et une analyse des tensions qui traversent notre présent.

 

Article paru le 20 mai 2012 dans le Républicain Lorrain

 

http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2012/05/20/miasmes-mystiques

 

Par Victor Montag
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Jeudi 1 mars 2012 4 01 /03 /Mars /2012 16:08

Au Diable Vauvert 

2012 



Un monde transgénique 

 

 

bacigalupi 

 

Couvert de prix aux Etats-Unis, le thriller d’anticipation d’un jeune auteur surdoué arrive en France. Un simple cauchemar ou notre futur proche?

 

Bienvenue dans le futur dystopique de Paolo Bacigalupi : avec l’épuisement définitif du pétrole coïncident la montée des océans et de terribles épidémies transgéniques. Privé d’énergie, le monde subit la Contraction et plonge dans une ère hybride de moyen âge technologique et de cauchemar génétique futuriste. Des pays entiers s’effondrent, des hordes de réfugiés fuient vers les autres, et seules les compagnies caloriques tirent leur épingle du jeu, revendant à prix d’or leur énergie à ressort et leurs semences OGM stériles.

Dans le royaume de Krung Thep (la Thaïlande), sous l’autorité de la Reine Enfant et de son protecteur, le vigoureux Ministère de l’Environnement et ses chemises blanches résistent comme ils peuvent aux maladies et aux compagnies étrangères. Mais le Ministère du Commerce ne voit pas d’un bon œil ce protectionnisme nuisible aux affaires.

L’affrontement de ces deux puissances locales est la grande histoire à laquelle contribuent les personnages au gré de leurs petites histoires personnelles. Jaidee le capitaine des chemises blanches, Anderson Lake l’agent discret d’une compagnie calorique, Hock Seng le réfugié chinois de Malaisie. Tous veulent survivre au chaos qui s’annonce et participent sans le savoir à le précipiter. Et puis il y a Emiko, la fille automate japonaise abandonnée en Thaïlande par son maître, qui donne son titre au roman. Elle est au carrefour des interrogations de l’auteur : OGM humain mâtiné d’ADN canin, elle est aussi une réfugiée, illégale, et vit dans sa chair les tourments de l’époque. Elle est le devenir humain tragique de cette vision désespérée de notre possible, le signal qui pointe les secteurs critiques et interdépendants de notre présent : l’écologie de la planète, la politique scientifique et technique et l’écologie sociale qui détermine la place de l’humain entre les deux.

"La Fille Automate", premier roman publié de l’américain Paolo Bacigalupi, est un captivant thriller d’anticipation, parfait cocktail de plaisir de lecture et de réflexion sur l’avenir. Il a déjà séduit de nombreux lecteurs et raflé les plus prestigieux prix SF anglo-saxons de l’année 2009-2010 (prix Hugo, prix Nebula et prix Locus). Le Time Magazine l’a classé neuvième des dix meilleurs livres de fiction de l’année. Un véritable carton pour un genre assez confidentiel aux USA. Comme c’est la mode dans notre société segmentée avide d’étiquette, le succès du roman déchaîne les tentatives de classement : "biopunk" selon Wikipédia, "agropunk" d’après une suggestion de l’auteur, "génépunk" pour un chroniqueur, l’exercice tourne au ridicule. Car s’il faut souhaiter une chose à ce roman passionnant, c’est que l’on oublie jusqu’à son étiquette SF et qu’il trouve en France aussi un lectorat le plus large possible. L’avenir qu’il esquisse est à nos portes et ne sera bientôt plus de la science-fiction.

 

Article paru le 11 Mars 2012 dans le Républicain Lorrain

 

http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2012/03/11/un-monde-transgenique

 

Par Victor Montag
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 14:34

Pocket 

2012 



Terreur verte 

 

 

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Renzo Sensini est dans l’impasse. Inspecteur d’Interpol mis au placard après une sale affaire, il est affecté au département écoterrorisme, bien moins glamour qu’Al Qaida. Quand à l’affaire qui se présente, elle ne ressemble à rien. EDEN, un prétendu groupe extrémiste, aurait incendié les serres de Naeliev, un russe cultivateur de roses installé en Suisse. Ce dernier dément l’attentat. Thomas Hearing, membre présumé d’EDEN, est recherché pour avoir abattu sa compagne et ses deux enfants. Les autres membres d’EDEN sont assassinés l’un après l’autre. Ce qui commence comme un thriller écopolicier vire au cauchemar global lorsque des manipulations génétiques humaines et des agents secrets viennent compléter le tableau. Pour parachever l’énigme, il y a ce Complex qu’évoque un texte à part, distillé au rythme d’une phrase en bas de chaque page : une inquiétante dimension où vivent de puissants inconnus aux activités mystérieuses.

"EDEN" est le premier tome d’une trilogie à quatre mains de Laurent Bonzon et Denis Bretin, paru au Masque en 2006. Les éditions poche Pocket le rééditent, accompagné du second tome, "Sentinelle", en attendant un troisième volume annoncé pour bientôt. Vous allez aimer ce duo de jeunes auteurs français, qui manie mystère et anticipation avec brio, et porte un regard original sur les enjeux écologiques, à mille lieues de la doxa larmoyante à la mode.

 

Article à paru le 19 Février 2012 dans le Républicain Lorrain

 

http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2012/02/19/terreur-verte

Par Victor Montag
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 17:07

Presses de la Cité

2011 



Et pourtant elle tourne !

 

 

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En 1633, le savant italien Galilée entre dans l'histoire des sciences lorsqu'il est contraint par l'Inquisition d'abjurer sa foi en la théorie copernicienne qui veut que la Terre tourne autour du Soleil. "E pur si muove!" ("Et pourtant elle tourne") : la légende lui prête cette protestation grommelée qui symbolisera son statut de martyr de la science. Cette tragique aventure commence en 1609, lorsque Galileo Galilei perfectionne une invention récente, la lunette d'approche, pour en faire ce qui deviendra le téléscope.

Se saisissant de cette histoire, Kim Stanley Robinson propose dans on roman "Le rêve de Galilée" une étrange idée : et si un voyageur du futur, venu du quatrième millénaire, avait inspiré au savant son invention? Entre biographie scrupuleusement historique et voyage dans le temps fantaisiste, ce dispositif romanesque permet de multiplier les points de vue sur la figure galiléenne. On est ainsi convié, entre autres, à une mise en perspective du rapport entre science et religion, ainsi qu'à une originale critique féministe du comportement familial de Galilée et de son époque.

La partie proprement SF du roman (un tiers du volume) est plutôt déroutante. Galilée voyage dans le temps et assiste au premier contact des humains du futur avec une un entité intelligente étrangère, nichée au fond de l'océan d'Europe, satellite de Jupiter. Il est au passage confronté au développement d'une théorie sur la nature du temps et de l'univers, et à la découverte des enjeux d'une rencontre du troisième type. Un roman inclassable, foisonnant et passionnant, mais dont les propos multiples déconcertent un peu !

 

Article paru le 08 janvier 2012 dans le Républicain Lorrain

 

Par Victor Montag
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Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 17:25

Ad Astra

2011 



Contacteurs

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De la planète Lanmeur viennent les Contacteurs. Entraînés à la survie et dévoués à l’idéal du Rassemblement, ils débarquent sur les planètes où vivent des humains pour œuvrer au "regroupement de toutes les civilisations au sein de la même humanité". Une fois sur place, l’idéal se confronte à la réalité : les étranges peuples qu’ils découvrent font vaciller leurs certitudes et remettre leur mission en question. Ainsi démarre le Cycle de Lanmeur de Christian Léourier, philosophe de formation, que les jeunes éditions Ad Astra nous font le bonheur de rééditer dans une élégante intégrale.

Écrit dans les années 80-90, cet ensemble romanesque qui hibernait chez les bouquinistes est un trésor de la SF francophone. Dans le premier volume de l’intégrale, outre une bibliographie et une entrevue avec l’auteur, on trouvera les trois premiers titres du cycle : "Ti-Harnog", "L’homme qui tua l’hiver" et "Mille fois mille fleuves". Trois histoires de conquête, d’amour et de mort, sur trois mondes peuplés d’imprévisibles autochtones. Ces trois petits romans, dont la taille de novella s’explique aussi par des contraintes éditoriales de l’époque, avec leurs ellipses et leurs courtes scènes ramenées à l’essentiel, ne dévoilent qu’à demi leur sujet profond et exigent du lecteur une participation active. C’est la méthode du philosophe, la maïeutique du conteur, qui nous révèle progressivement les enjeux de l’altérité, du "comme toi, très différent". Les Contacteurs provoquent la rencontre avec l’Autre, se découvrent eux-mêmes, et la rencontre change irrémédiablement les deux acteurs. Dela rencontre naît aussi une inquiétude : de quelle réalité sommes-nous les différents aspects, semblables et différents ? Cette réalité existe-t-elle seulement ? Le lecteur est convié à la rencontre, comme au questionnement, ainsi qu’à une impatience, plus concrète : celle qui naîtra de l’attente du second volume de cette intégrale !

 

Article paru le 06 novembre 2011 dans le Républicain Lorrain

Par Victor Montag
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